Vous avez un comptable.
Vous lui envoyez vos factures, il encode tout cela quelque part, vous recevez de temps en temps une déclaration TVA, un bilan, un mail avec quelques chiffres… Et pourtant, une question reste parfois désespérément sans réponse :
« Mais moi, concrètement, où est-ce que j’en suis ? »
Si cette situation vous parle, cela ne signifie pas forcément que vous avez un mauvais comptable. Cela signifie peut-être simplement que votre relation avec votre comptable pourrait être différente. Car votre comptable et vous n’avez pas exactement le même rôle.
Votre comptable connaît la comptabilité de votre activité. Vous, vous devez connaître votre entreprise.
Et pour cela, il est indispensable d’apprendre à lui poser les bonnes questions.
Le rôle de votre comptable n’est pas de piloter votre entreprise à votre place
Il y a un malentendu assez fréquent chez les indépendants. On engage un comptable et, quelque part dans un coin de notre cerveau, on se dit : « Parfait. Maintenant, quelqu’un s’occupe des chiffres. »
Oui… et non.
Votre comptable peut notamment :
- traiter vos données comptables ;
- établir certaines déclarations, par exemple la déclaration à la TVA sur Peppol ;
- vous conseiller sur vos obligations fiscales comme l’IPP ;
- vérifier la conformité de votre comptabilité ;
- attirer votre attention sur certains problèmes.
Mais il ne vit pas votre activité au quotidien.
Il ne décide pas :
- de vos prix ;
- des clients que vous acceptez ;
- du nombre d’heures que vous travaillez ;
- de vos investissements ;
- de vos objectifs ;
- de la rémunération dont vous avez besoin pour vivre.
Ces décisions-là vous appartiennent.
Votre comptabilité vous fournit des informations.
Le pilotage commence lorsque vous utilisez ces informations pour décider.
Voici donc 10 questions à poser à son comptable. Quel que soit votre métier. Quelle que soit votre activité.
1. Quel est mon bénéfice actuellement ?
Probablement LA question à poser.
Et pourtant, beaucoup d’indépendants connaissent leur chiffre d’affaires… mais pas leur bénéfice.
Ce sont deux choses complètement différentes.
Votre chiffre d’affaires correspond à ce que vous avez vendu.
Votre bénéfice correspond, très schématiquement, à ce qu’il reste après avoir retiré les dépenses nécessaires à votre activité.
Vous pouvez donc avoir réalisé 50.000 € de chiffre d’affaires et avoir une activité très peu rentable. Ou réaliser 30.000 € de chiffre d’affaires avec peu de charges et obtenir un résultat beaucoup plus intéressant.
Demandez donc à votre comptable :
« Quel est mon bénéfice depuis le début de l’année ? »
Et surtout :
« Comment a-t-il évolué par rapport à l’année dernière ? »
Voilà déjà deux chiffres beaucoup plus utiles que votre chiffre d’affaires seul.
2. Est-ce que mes cotisations sociales sont correctement provisionnées ?
Voilà une question susceptible d’éviter quelques sueurs froides.
Les cotisations sociales des indépendants fonctionnent avec un système de provisions et de régularisation.
Autrement dit : le montant que vous payez aujourd’hui ne correspond pas nécessairement au montant définitif que vous devrez.
Si votre activité se développe fortement, continuer à payer les provisions minimales peut créer une belle facture quelques années plus tard.
Demandez régulièrement :
« Au vu de mon bénéfice actuel, mes cotisations sociales sont-elles suffisantes ? »
Si ce n’est pas le cas, vous pouvez encore adapter vos versements.
C’est beaucoup plus agréable de prévoir une dépense que de la découvrir.
3. Combien dois-je prévoir pour mes impôts ?
Même principe.
L’argent qui se trouve sur votre compte bancaire n’est pas nécessairement totalement disponible.
Une partie devra peut-être servir à payer :
- la TVA ;
- les cotisations sociales ;
- les impôts.
Demandez à votre comptable une estimation de votre charge fiscale.
Pas besoin d’obtenir un résultat précis au centime près.
Le but est de pouvoir répondre à une question essentielle :
« Sur 1.000 € que je gagne aujourd’hui, combien puis-je réellement considérer comme disponible ? »
Voilà une information utile pour piloter votre trésorerie.
4. Mes versements anticipés sont-ils suffisants ?
Les salariés paient leurs impôts presque sans s’en rendre compte grâce au précompte professionnel retenu sur leur salaire. L’indépendant, lui, doit organiser lui-même ses avances.
Si vous effectuez des versements anticipés, demandez :
« Est-ce que ce que j’ai déjà versé correspond encore à l’évolution de mon activité ? »
Votre activité a peut-être augmenté. Ou diminué. Il est donc logique que les prévisions établies quelques mois auparavant soient revues.
Un bon pilotage n’est jamais figé.
5. Quels sont mes frais qui ont le plus augmenté ?
On s’intéresse beaucoup aux ventes.
Beaucoup moins aux petites dépenses qui s’installent confortablement dans notre activité.
Un abonnement ici.
Un logiciel là.
Une assurance.
Une plateforme que l’on n’utilise presque plus.
Un contrat qui a augmenté discrètement.
Demandez :
« Quelles sont les catégories de dépenses qui ont le plus augmenté depuis l’année dernière ? »
Certaines augmentations seront parfaitement justifiées.
D’autres mériteront peut-être un petit nettoyage de printemps, même en novembre.
6. Mon activité est-elle suffisamment rentable ?
Cette question va plus loin que :
« Est-ce que je fais du bénéfice ? »
Vous pouvez être bénéficiaire… et ne pas gagner suffisamment pour rémunérer correctement votre travail.
Supposons que votre activité vous rapporte finalement 15.000 € par an.
Si vous y consacrez quelques heures par semaine dans le cadre d’une activité complémentaire, cela peut être très intéressant.
Si vous travaillez 50 heures par semaine pour obtenir ce résultat, le diagnostic est légèrement différent.
Interrogez donc votre comptable sur vos marges.
Mais faites aussi vos propres calculs :
- combien d’heures travaillez-vous ?
- quel revenu souhaitez-vous retirer de votre activité ?
- combien devez-vous vendre pour y arriver ?
La rentabilité n’est pas seulement un chiffre comptable.
Elle doit aussi être mise en relation avec votre temps et vos objectifs.
7. Quels sont les chiffres que je devrais surveiller chaque mois ou chaque trimestre ?
Vous préparez les documents, votre comptable les encode.
Votre comptable dispose alors de beaucoup de données.
Vous n’avez pas besoin de toutes les suivre.
Pour une petite activité indépendante, quelques indicateurs peuvent déjà donner une excellente vision :
- chiffre d’affaires ;
- marge ;
- bénéfice ;
- trésorerie ;
- charges fixes ;
- montants mis en réserve pour la TVA, les cotisations sociales et les impôts.
Demandez :
« Si je ne devais surveiller que trois chiffres dans mon activité, lesquels me conseilleriez-vous ? »
La réponse dépendra de votre métier.
Un consultant n’a pas les mêmes enjeux qu’un commerçant ou qu’un artisan.
8. Y a-t-il quelque chose dans mes chiffres qui devrait m’inquiéter ?
J’aime beaucoup cette question parce qu’elle est ouverte.
Votre comptable regarde votre activité avec un autre œil que vous.
Il peut remarquer :
- une marge qui diminue ;
- des frais qui augmentent ;
- une trésorerie qui se tend ;
- un client qui représente une part très importante du chiffre d’affaires ;
- des investissements inhabituels ;
- une évolution du bénéfice.
Demandez-lui simplement :
« Quand vous regardez mes chiffres, est-ce que quelque chose attire votre attention ? »
Vous pourriez être surpris par la réponse.
9. Y a-t-il au contraire quelque chose que je fais particulièrement bien ?
Eh oui.
On parle énormément des problèmes mais beaucoup moins de ce qui fonctionne.
Votre marge s’est peut-être améliorée, votre chiffre d’affaires est plus régulier, vos frais sont mieux maîtrisés, votre trésorerie est plus confortable, ou vos provisions sont enfin cohérentes avec vos résultats.
Demandez aussi :
« Qu’est-ce qui s’est amélioré depuis l’année dernière ? »
Piloter une activité, ce n’est pas uniquement réparer ce qui va mal.
C’est aussi comprendre ce qui fonctionne… pour pouvoir le reproduire.
10. Que devrais-je faire différemment cette année ?
Et nous voici au passage entre comptabilité et pilotage.
Vous ne demandez plus seulement :
« Que disent mes chiffres ? »
Vous demandez :
« Qu’est-ce que je peux en faire ? »
Peut-être faut-il :
- augmenter vos prix ;
- réduire certaines dépenses ;
- augmenter vos provisions ;
- revoir vos investissements ;
- constituer une réserve ;
- revoir votre statut ;
- améliorer votre facturation ;
- surveiller davantage votre trésorerie.
Votre comptable ne prendra pas la décision à votre place.
Mais ses informations peuvent vous aider à la prendre.
Et si mon comptable ne répond pas à ces questions ?
Il faut ici éviter un raccourci.
Un comptable qui ne répond pas spontanément à toutes ces questions n’est pas forcément un mauvais comptable.
Regardez d’abord la mission que vous lui avez confiée.
Certaines collaborations couvrent essentiellement :
- l’encodage comptable ;
- les déclarations TVA ;
- la déclaration fiscale ;
- les obligations légales.
Un accompagnement plus régulier et davantage orienté vers le conseil nécessite du temps.
Et ce temps doit évidemment être rémunéré.
La première étape est donc simplement de demander :
« Pourrions-nous prévoir un rendez-vous pour faire le point sur mes chiffres et mon activité ? »
Vous pourrez alors voir si ce type d’accompagnement fait partie des services proposés par votre comptable et à quelles conditions.
Quand faut-il envisager de changer de comptable ?
Changer de comptable ne devrait pas être la première solution au moindre désaccord.
Mais certaines situations doivent vous alerter.
Par exemple si :
- vous n’obtenez jamais de réponse à vos questions ;
- vous ne comprenez jamais les documents que vous recevez ;
- vous découvrez systématiquement les montants à payer au dernier moment ;
- vous avez demandé davantage de communication sans que rien ne change ;
- la confiance a disparu.
La question n’est pas seulement :
« Mon comptable est-il compétent ? »
La question est aussi :
« Est-ce que cette collaboration correspond à ce dont j’ai besoin aujourd’hui ? »
Une relation professionnelle peut avoir été parfaitement adaptée pendant plusieurs années et ne plus l’être lorsque votre entreprise évolue.
Votre comptable est un partenaire. Pas votre pilote.
C’est probablement l’idée la plus importante à retenir.
Vous n’avez pas besoin de devenir comptable.
Vous n’avez pas besoin de connaître tous les codes de la déclaration fiscale.
Et vous n’avez certainement pas besoin de passer vos soirées dans des tableaux Excel.
En revanche, vous avez besoin de comprendre suffisamment vos chiffres pour pouvoir poser des questions.
Parce qu’il y a une énorme différence entre :
« Mon comptable m’a dit que je devais payer 4.000 €. »
et :
« Je comprends pourquoi je dois payer 4.000 €, je l’avais anticipé et je sais ce que je vais adapter pour l’année prochaine. »
Dans le premier cas, vous subissez vos chiffres.
Dans le second, vous pilotez votre activité.
Et votre comptable peut alors devenir ce qu’il devrait être : un précieux partenaire de votre entreprise.
A cette condition : identifier les principales questions à poser à son comptable.
Votre comptable connaît vos comptes. Mais vous, connaissez-vous vraiment votre activité ? Faites le Diagnostic du Pilote : https://conseils.maboiteamoi.be/diagnosticdupilote
